Si tu n’as pas vu la vidéo dont je vais parler ci-dessous, va donc y jeter un œil !

 

En général quand je traite un sujet qui porte à polémique et que les commentaires sont relativement amers, je ne m’embête pas à répondre. Tout le monde a le droit d’avoir son avis, tout le monde a le droit d’être d’accord ou pas d’accord avec ce que je dis, et surtout, si je m’amusais à répondre à tout le monde, je n’aurai plus le temps de rien faire.

J’ai pas non plus envie d’en faire une vidéo parce que la plupart des gens qui viennent sur ma chaîne ne se sentiraient pas vraiment concernés non plus. Alors comme on a coutume de dire sur les internets, parlons aux concernés.

Dans les commentaires de cette vidéo, y a un truc qui m’a fait tiquer. Beaucoup de gens nous ont accusés, m’ont accusé, de vouloir imposer un espèce de dictat de l’humour, de décider ce qui était drôle et ce qui ne l’était pas. Et il se trouve que l’humour c’est quelque chose de super personnel, encore plus que les convictions politiques, preuve en est que c’est ma vidéo qui compte à ce jour le plus de commentaires, alors qu’elle n’est en ligne que depuis une semaine. Alors dans un premier temps je vais parler de la vidéo en elle même, et ensuite du sujet plus globalement, et surtout, plus personnellement.

Le message de cette vidéo n’a jamais été de dire de quoi vous pouviez rire ! De quelle police de la pensée me revendiquerais-je si je me permettais une telles idioties ? J’ai laissé l’espace de commentaires ouvert, j’ai encouragé au débat, parce que ce qui compte, c’est que vous vous forgiez votre propre opinion ! Par contre on dit plusieurs choses dans cette vidéo. Notamment que certains propos sont plus ou moins acceptables. Vous avez été nombreux à souligner que vous faisiez ce genre de blagues avec vos potes racisés (je n’aime pas ce mot mais il semblerait qu’il soit celui qui convienne le mieux dans ce contexte), et que ça ne dérangeait pas ces mêmes potes. Bien sûr que vous avez le droit de faire ce genre de blagues avec vos potes, bien sûr qu’ils ont le droit d’en rire, je suis le premier à traiter mes potes de negros, de toubabs, de tout ce que vous voulez, et je suis le premier à rire quand ils me disent ‘putain t’es vraiment noir’ quand j’insiste pour faire un trip au KFC, parce qu’on fonctionne comme ça entre nous ! Ce qu’on dit dans la vidéo, c’est que quand des gens qui ont une tribune, une présence PUBLIQUE, et de ce fait une influence, se lancent dans ce genre de vannes, en véhiculant des clichés réducteurs et rabaissants, ils valident ces clichés, et permettent la continuité d’un imaginaire collectif qui n’aurait plus lieu d’être aujourd’hui. Quand Lagaf chante que Moktar avait volé une mobylette, il renforce le cliché que les arabes sont des voleurs, quand Leeb dépeint un nègre (parce que c’est l’imagerie colonialiste qu’on peut encore retrouver dans Tintin au Congo qu’il imite), il renforce ce cliché du noir bruyant et stupide. Pour certains cela ne peut sembler être que de l’humour, mais il ne faut pas oublier que ces clichés continuent d’exister, et les clichés contribuent à la création d’une certaine réalité dans la tête du grand public.

Après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, nombreux ont été ceux à dénoncer la stupidité du peuple américain, obèses mangeurs de burgers, fanatiques de la gâchette et peu cultivés. Et pour beaucoup de gens, l’américain moyen correspond à ce cliché. Tout connement, j’ai de la famille au Texas, j’y ai passé énormément de temps, et à chaque fois que j’en parle les gens me demandent si ce n’était pas trop difficile. Bah oui, le Texas c’est plein de rednecks racistes en salopette, sûrement consanguins avec un gros accent de débile. Bah non, le Texas c’est 45% de personnes d’origine hispanique, au moins 30% d’hispanophones, des grandes villes, des gens cultivés (faut pas croire hein), le centre de la NASA, et j’ai rarement été aussi bien traité que là bas. Mais les clichés ont la vie dure. Le pire, c’est que quand j’explique ça, les gens ne me croient pas, souvent j’ai au mieux droit à un ‘mouais’, comme si ce cliché était plus fort que la réalité que j’ai pu vivre là bas.

Et ces clichés qu’on entretient à propos des Américains, des Texans, avec ce genre d’humour (sur la place publique encore une fois, les blagues que vous faites entre potes, en ayant conscience que ce ne sont que des blagues ça n’a rien à voir), et bien ça entretient aussi les clichés qu’on peut avoir sur les arabes, les noirs, les chinois, bref, sur tout le monde. Il ne faut pas oublier aussi que tout le monde ne vit pas dans des coins où la diversité est présente, et souvent ces clichés peuvent-être la seule image que certaines personnes auront de ces populations (je ne dis pas que les gens en dehors des grandes villes sont cons au point de se dire que les noirs vivent en pagne avec un os dans le nez, mais quand toute ta vie on t’a dit que le bleu c’était rouge, bah le bleu c’est rouge pour toi).

On a aussi pris le parti de commencer en montrant des exemples choquants qui datent. Et d’en prendre certains, avec des réactions différentes, plus récents. Pour montrer que ce genre d’humour était d’un autre temps, et que les mœurs, les habitudes, étaient en pleine évolution. On est en plein dans une période de transition. Et les périodes de transition, c’est confus. La confusion, ça peut rendre violent, et aux vues de certains débats plus ou moins houleux sur les réseaux sociaux (et notamment twitter), cette confusion est bien présente. J’imagine que quand on baigne quotidiennement dans cette violence des idées, où des gens qui n’arrivent pas à s’accorder finissent par en venir aux insultes ou aux menaces sur des sujets qui leur tiennent à cœur, bah voir deux gus qui viennent te dire que certaines blagues sont pas très Charlie, ça peut très vite te renvoyer à ce quotidien et te braquer. Je pense surtout à toi, mâle cis blanc hétéro, bête noire de Twitter. Oui tous les jours on te dit que tu n’as pas à donner ton avis sur tel ou tel sujet parce que tu serais un oppresseur qui prend au quotidien la parole à certaines minorités, alors que je suis sûr que tu n’as jamais eu l’impression de le faire.

Et là d’un coup, tu vois deux bobo-gauchiasses qui débarquent et te disent qu’en plus tu n’as plus le droit de faire les blagues que tu veux, c’est la goutte d’eau ! T’es déjà soulé sur les réseaux de t’entendre dire de la fermer, alors quand en plus on vient te le dire à un endroit où tu viens justement te détendre et t’éloigner de ces discussions reloues, je peux comprendre que ça te soule. Et tu as sûrement raison. Moi aussi j’en aurai marre si au quotidien on me demandait de la fermer. Sauf que… Et ben c’est pas si simple !

Comme je l’ai dit plus tôt, beaucoup de gens m’ont dit faire ce genre de blagues avec leurs potes de couleur (non vraiment pas y a pas de manière ‘jolie’ de dire ça c’est ouf. D’ailleurs, pourquoi on a besoin d’un mot global pour dire ‘pas blanc’ ?), et que ça ne génait pas les potes en question. J’en ai déduit que les gens qui postent ces commentaires sont blancs (c’est pas déconnant, si ça ne gène pas tes potes c’est que tu n’en fais pas parti non ?).  La très grande majorité des gens qui m’ont reproché vouloir ‘contrôler’ l’humour, était blanche. On m’a aussi reproché ne vouloir interdire que les blagues sur les gens non blancs, les blancs ça passe. Alors là y en a quelques uns qui doivent déjà pas être contents, mais vous illustrez ce qu’on dit dans la vidéo. Quand on ramène quelqu’un de ‘blanc’ à sa couleur de peau, ça le braque. Bah oui c’est super raciste de ne considérer quelqu’un que par sa couleur de peau, pourquoi nous, gardiens de la bien-pensance, nous permettons-nous de le faire quand il s’agit des blancs ? J’ai pourtant pas l’impression que ça dérange grand monde de dire ‘tu vois pas cet acteur black ?’ ou ‘tu sais mon pote asiat là !’. Certains ont dit que ce n’était qu’un signe descriptif comme un autre, mais dans ce cas, pourquoi cette mention de la ‘blanchitude’ a autant agacé ? J’ai du mal à suivre des fois. (attention, ceci n’est pas une attaque envers tous les blancs, mais juste les gars qui ont fait ce genre de remarques en fait, et pas la peine de commenter ‘oui mais moi je pense pareil et je suis pas blanc’, c’est cool gars, mais vous étiez 10 dans les commentaires à dire ça, et y a plus de 5000 commentaires…).

C’est assez étrange de voir des gens qui ne sont pas concernés par ces problèmes venir t’expliquer que c’est pas grave qu’on se moque de toi. C’est un peu ça ce bail de prendre la parole des concernés en fait, quand quelqu’un qui ne vit pas ta réalité vient t’expliquer comment la gérer. Et jpeux vous jurer que c’est un peu agaçant. Tsais, comme quand un mec bogoss et musclé vient te dire que c’est pas grave si t’as des kilos en trop, ce qui compte c’est la confiance en soi. Tu te dis que c’est facile de dire ça quand tu ressembles à Chris Pratt de base. Tu vois l’idée ?

 

Moi j’ai de la chance. Je ne suis pas vraiment typé noir d’Afrique, je ne suis pas vraiment typé quoi que se soit en fait. C’est pas un hasard si, quand tu tapes ‘Dave Sheik’, la première proposition qui pop c’est ‘origine’ dans google. Pas que tous les gens qui cherchent ça soient racistes, mais on aime bien les cases, et quand quelqu’un tombe pas dans les cases qu’on a dans la tête, ça nous laisse perplexe, on essaye de trouver (vous n’avez pas idée du nombre de fois où on me demande ‘d’où je viens’ quand je suis à une soirée où je ne connais personne). Pas que ces gens soient racistes, mais ça attise la curiosité, les gens qui sortent des cases.

Mais pourquoi j’ai de la chance ? Parce que tout simplement je ne colle, de base, pas physiquement à certains clichés. Nez épaté, cheveux crépus par exemple. Ça limite l’identification à une population donnée, et au passage, certains comportements racistes. Mais ça ne m’immunise pas pour autant.

Quand je vois certains commentaires qui disent que le fait de mettre des gens dans des cases pour les protéger, voir créer des espaces non mixtes, c’est ça la vraie source de ces différenciations et que si on y prêtait pas attention il n’y aurait plus de problèmes, et bah non, encore une fois, c’est pas si simple.

Vous savez quoi ? Je n’avais pas conscience d’être noir jusqu’à mes 15 ans. J’ai grandit en banlieue parisienne, dans une ville assez diverse. Y avait des noirs, des arabes, des blancs, des asiats, tout le monde était mélangé, et personne ne faisait gaffe à ce genre de détails. Des fois quand on jouait au foot y avait toujours un abruti pour proposer de faire un match ‘les noirs contre les blancs’, sauf qu’il voulait quand même deux-trois joueurs blancs avec lui parce qu’il savait que ces gars là étaient très bons. Ça peut sembler raciste sur le papier, et quand on est pas habitué à ce genre de milieu ça peut même choquer, mais entre nous, c’était normal. Et au final on finissait quand même par se mélanger, parce que clairement s’il voulait gagner son putain de match il avait pas intérêt à m’avoir moi dans l’équipe des noirs. Donc au final même quand on essayait, la ségrégation ne tenait pas longtemps parce qu’on était tous pareil dans le fond. Et du coup je savais pas trop où j’étais. Mais un jour, j’ai fait une réflexion à la con sur le fait qu’un type était noir (dans une série TV), et mon oncle (blanc, texan), m’a simplement dit ‘mais toi aussi t’es noir en fait’. Et là d’un coup, mon monde a changé. Dans un premier temps j’ai juste répondu ‘bah non’. Puis j’ai regardé mes mains, et jme suis dit ‘merde, mais en fait j’suis noir’. Pas que je sois particulièrement malin ou quoi, mais j’avais 15 ans, et je venais de découvrir que j’étais noir. Surprise ! D’ailleurs quand je dis que je suis noir aujourd’hui certains potes de l’époque me rappellent allègrement que j’étais le premier à dire le contraire dans ma jeunesse.

Mais d’un coup, ça a donné une nouvelle perspective à toute ma vie.

Ma maitresse de CM1-CM2 qui me traitait de singe quand je parlais un peu trop en cours, et n’utilisait ce surnom que pour moi, seul élève non blanc dans une classe de primaire de Lagny-sur-Marne, c’était pas un surnom affectif en fait. Cette même maîtresse qui m’obligeait à recopier mes notes pendant le seul cours de sport de la semaine, pendant que tous les autres allaient courir dehors, parce que j’écrivais ‘comme un babouin’ et que je devais faire des efforts, pour moi elle s’inquiétait de mon avenir. J’en suis même venu à copier traits pour  traits l’écriture d’un ami, qui lui avait toujours le droit d’aller en sport. Et à ma grande surprise, j’ai quand même été privé de sport jusqu’à la fin de l’année parce que j’écrivais toujours trop mal. Le plus drôle, c’est que j’écris toujours à peu près comme ce mec aujourd’hui, alors qu’il ne doit même plus savoir que j’existe. Nico, si un jour tu me lis ;).

En CM2 un autre noir a débarqué, et là bizarrement, ça s’est calmé. Ptête que ça s’est dilué je sais pas, ptête que lui en a plus chié que moi. Je n’en sais sincèrement rien.

Un autre truc,  le fait que le vigil de l’intermarché du coin me colle toujours au train à chaque fois que j’allais acheter quelque chose. J’y suis allé pendant près de 10 ans à ce putain d’intermarché, le vigil je l’appelais par son prénom. Et il me suivait quand même à chaque fois, faisait mine de lire les étiquettes d’un produit pris au pif quand je me retournais. J’ai fini par me dire que j’étais parano, qu’il patrouillait juste le magasin. Du coup un jour j’ai fait semblant de foutre un truc dans ma poche pendant qu’il me ‘suivait’. Truc que j’ai payé. Et bah bingo, à la sortie de la caisse il m’a choppé et m’a fouillé (sans en avoir le droit d’ailleurs, mais quand t’es ado tu poses pas de questions). Quand j’en ai parlé à d’autres potes ils m’ont dit qu’eux aussi, avaient droit à une filature à chaque sortie pour acheter des gateaux. J’me suis dit que c’était normal. J’avais pas réalisé que ces mêmes potes étaient noirs également. Bon du coup ça s’est transformé en jeu, à qui arriverait à le semer le plus vite dans les rayons. Mais il était bon le con !

En parlant de vigile, je sais pas vous, jpense que c’est un truc de grande ville, mais si je veux rentrer dans un magasin avec un sac, ou  je le laisse à une consigne, ou je me le fait agrafer, et c’est chiant ! Du coup j’ai prit pour habitude de ramener mes sacs à ma bagnole avant d’aller d’entrer dans un supermarché, ou bien d’y aller à plusieurs, avec un qui attend les autres à la sortie avec tous les sacs. Pour moi c’était normal et j’ai toujours fait gaffe à ne jamais rentrer dans un magasin avec un sac, ou à essayer de le planquer pour que le vigil ne le vois pas. Puis l’an dernier, on faisait des courses avec ma copine (qui est blanche), et justement, elle veut aller à monop, mais moi, comme un con j’ai acheté des trucs ailleurs avant, donc je lui dit tout naturellement que je l’attend à la sortie du magasin, comme je l’ai toujours fait. Mais plutôt que de me dire ‘ok’ et d’y aller sans moi, elle reste plantée là, sans comprendre ce que je veux. Je lui explique, et elle commence à rire. Oui parce qu’en fait on ne lui a jamais fermé son sac à l’entrée d’un magasin, elle ne savait même pas que ça se faisait. Du coup je lui dit que si on passe le vigile va nous suivre et ça va être relou. Et elle me demande pourquoi le vigile ferait ça.

En fait, elle n’avait jamais vécu ça. Elle n’avait même pas idée que ça pouvait se produire, et ce qui était normal pour moi, était absurde pour elle. Elle ne comprenait pas non plus pourquoi j’insistais pour toujours avoir ma carte d’identité sur moi. Bah oui, pourquoi les flics nous contrôleraient ? Bonne question d’ailleurs.

Je sais pas d’ailleurs, si à 12 ans c’était normal qu’une fois par semaine vous vous retrouviez jambes écartées, les mains contre une benne à ordures, à vous faire palper par un mec de vingt ans plus vieux que vous. Qui vous demande de vider votre sac par terre et se casse sans même dire bonne journée pendant que vous ramassez vos affaires sur le sol. La première fois je vous jure que c’est assez humiliant, et ceux qui vous diront qu’il n’y a qu’à se tenir tranquille, qu’ils ne font que leur métier et que si on ne fait rien tout se passe bien, clairement ils ne l’ont pas vécu aussi jeune et aussi souvent.

Au bout de la 3ème fois en un mois on demande pourquoi, on vous répond que c’est comme ça, et puis vous arrêtez de demander et vous vous dîtes qu’effectivement c’est comme ça. Enfin ça c’est pour moi, y en a qui n’arrivent pas à être d’accord, et pour eux, ça se finit souvent au poste.

En parlant d’autorités, ça se passe comment pour vous quand vous prenez l’avion ? Non parce que moi je sais que si je voyage seul, j’ai intérêt à être clean de chez clean. Par exemple si je vais aux États-Unis, le temps d’attente entre le moment où je descend de l’avion et la sortie de l’aéroport est en moyenne d’1h30 à 4h. Bah oui, ça prend du temps de poser des questions sur ma famille et me redemander 5 ou 6 fois pourquoi je viens là et si j’ai bien l’intention de repartir. Et bonus, j’ai un nom à consonnance arabe, quand je sors mon passeport c’est deuxième round de questions assuré !

Le plus drôle, c’est que l’an dernier, en allant à l’île Maurice avec des potes, j’ai vécu l’inverse. Là bas tout le monde est à peu près typé comme moi. Du coup moi à la douane, bah je passe en 2 minutes sans qu’on me demande quoi que se soit. Mes potes par contre, on leur a posé toutes les questions du monde, et dis donc ça les a soulé. Et étrangement, et c’est pas super cool, ça m’a fait du bien, que pour une fois ça tombe pas sur moi, mais justement sur ceux sur qui ça ne tombe jamais d’habitude.

Enfin bref, c’était super long, et des histoires comme ça j’en ai à la pelle. Mais pourquoi je me fais chier à vous les raconter, et surtout pourquoi je vous fait chier avec tout ça ? Tout simplement parce que quand vous dîtes qu’on créé nous même nos cases à s’entre différencier, c’est qu’on a été entre-différenciés à la base. C’est qu’on nous traite différemment, qu’on nous parle différemment, qu’on nous considère différemment. Ces cases on ne les a pas créées, on nous y a mis. Et quand on se permet de faire de l’humour communautaire, on entretient pas ce racisme, on n’entretient pas ces cases, on se les approprie. On devient propriétaire de cette identité qu’on nous a imposé, et on la porte fièrement, plutôt que de la traîner sur notre dos comme une marque de honte et de différence. Comme un portugais peut arborer fièrement son drapeau pendant la coupe du monde d’ailleurs. Là ça ne gêne personne, vu que c’est une culture qu’on connaît.

Oui certaines blagues peuvent blesser, et encore plus quand elles sont mises en avant par des gens qui peuvent influencer des millions de personnes.

Oui faire un accent chinois pété ça peut être drôle, j’ai même des potes asiats qui le font tiens. Mais quand tu vois des gars le faire à la télé ou dans des films, bah tu te dis que c’est accepté par tout le monde vu que c’est mis en avant dans un média publique et populaire.

Sauf que quand t’es vietnamien par exemple, et que t’as 10 débiles dans la même semaines qui vont te parler avec cet accent à la con parce que ça les a fait rire dans un sketch et que tu es l’incarnation vivante de ce sketch pour eux, et bah ça peut très vite te souler.

Oui on fait des blagues sur les belges ou sur les suisses. Sauf qu’on les considère déjà comme belges ou suisses, on ne fait pas ‘d’accent blanc’ pour faire marrer les copains. Alors que l’accent ‘chinois’ ou ‘africain’ ou encore ‘arabe’, bah ça concerne des centaines de peuples et d’ethnies différentes qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Et ne venez pas me dire ‘euh on fait l’accent belge pareil pour tout le monde alors qu’un Bruxellois et un Liégeois c’est pas pareil hein’, y a une différence entre faire référence à une nationalité, et désigner des millions de personnes par aucun autre facteur que leur putain de couleur de peau.

Enfin bref, après avoir lu tout ça, je vous demanderai juste : les cases, on les ferme quand ?

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